Immenses et Minuscules.

Publié le par L'Atelier

sur la niouze que vous avez du recevoir ... on vous promet des réflexions autour du texte et des extraits de textes ...
les reflexions ce n'est pas ce qui manque,
par contre le temps pour les mettre en forme de façon à être lues ...
vous aurez tout ça en début de semaine prochaine, soyez indulgents!
Je peux vous dire tout des suite que les choses avancent et que nous répétons dans la nécessaire petite angoisse et dans le grand plaisir de travailler avec des personnes qui s'apprécient.
Créer un spectacle c'est vraiment un temps exceptionnel, chaque fois.

Voici pour vous mettre en haleine quelques extraits de textes ...
si vous en voulez plus, vous pouvez nous mettre un message ici et vous serez exhaussés!


LE BIDON VILLE

 

Durrah

J’habite dans un bidon, un grand, dans une pays jaune inondé par le sable.

Je suis petit et mon bidon est grand.

 Dans mon bidon c’est chez moi. C’est ma chambre, c’est ma maison, c’est ma ville.

C’est mon bidon-ville.

Je rentre dans mon bidon avec une corde. Quand j’ai rentré la corde, mis le couvercle, je respire, je suis chez moi, tout seul mais bien. A l’abri.

De l’extérieur mon bidon ne fait envie à personne, il est vieux et rouillé on voit encore sur ses flancs de vieilles lettres américaines qui disent qu’il appartenait à une compagnie de pétrole. Je n’étais pas né alors.

Je ne me souviens pas être né quelque part.

Je ne sais pas si j’ai eu un père ou une mère.

Je suis tout seul depuis toujours.

Depuis que j’ai trouvé mon bidon- ville je suis bien.

J’ai dessiné le monde à l’intérieur.

J’ai dessiné une ville, toute petite et très propre.

J’ai dessiné un gros soleil sous le couvercle, un gros soleil moins brillant que le vrai qui est chaud bouillant et qui brûle quand on n’a pas de chapeau. Je lui ai fait un petit œil.

....

 

LES YEUX NOIRS

 

Lubâba

Des yeux sur papier glacé. C’est ce que je connais du garçon.

Des yeux magnifiques, noirs, ourlés de cils immenses, des yeux de mannequin.

Aussi maigre qu’un mannequin le garçon.

Il n’a pas d’existence.

Il n’est inscrit nulle part, sur aucun registre, il n’existe pas.

Peut être qu’il n’existe que sur la photo ?

Ses yeux me fixent pourtant du fond du trou, il me regarde …

Je ne comprends pas.

Est-ce que c’est juste que je sois là et que lui soit là bas de l’autre côté de la page.

Qu’est-ce qui est juste ? je suis née ici et lui là bas … qui a décidé ?

Qu’est-ce qu’il dit ? est-ce qu’il parle ?

Je ne l’entends pas.

Ses lèvres sont serrées sur ce qu’il ne dit pas.

Et moi je n’ose pas lui inventer une vie.

Je n’ai pas le droit.

Aucun mot ne sera assez grand pour vous faire entendre les battements de son cœur.

....

dialogue : la grand-mère, Lubâba et la petite fille: Nour

Lubâba

Quels nouveaux mots tu as étudié aujourd’hui ?

 

Nour

Cinnamone, Remueuse, Résilient, Singultueux, et duramen

 

Lubâba

tu n’étudies plus dans l’ordre?

 

Nour

Non, je choisis. J’ouvre au hasard et puis je prends ceux qui me plaisent.

 

Lubâba

C’est toi qui vois ma fille, c’est toi qui sais.

 

Nour

Mamoune, tu me racontes une histoire.

 

Lubâba

Toi d’abord , racontes-moi les mots … cinnamone ? qu’est-ce que c’est ?

 

Nour

Cinnamone n f, arbrisseau d’asie, comprenant le camphrier et les arbres à cannelle.

 

Lubâba

Ah ! tu as eu raison de prendre un mot qui sent bon … et les autres ?

 

Nour

La remueuse était une femme qui remuait les bébés, elle les berçait et changeait leur lange, dans les grandes familles !

 

Lubâba

La remueuse du prince !

 

Nour

Résilient se dit d’un matériau qui résiste aux coups,

Singultueux, adj, qui provoque les sanglots.

 

Lubâba

Et le dernier dur …

 

Nour

Duramen, n m bot, nom du bois dur ou parfait qui forme le cœur du tronc d’un arbre

 

Lubâba

Les glands font pousser les chênes, les pignes font pousser les pins, les mots et les phrases sont les graines qui font pousser les petits des hommes.

Duramen … celui là me plait … il me fait penser à toi, le cœur de l’arbre, caché sous l’écorce.

Nour, ma lumière, tu es une étoile enfermée dans une pierre, quand tu seras grande et savante tu changeras le cours des choses humaines. Il faudra te battre contre l’ignorance … et parler, parler et raconter, faire la lumière

 

...
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christine Guyon 27/11/2010 19:54


Merci à vous de ce magnifique spectacle : "Immense et Minuscule" auquel nous avons assisté hier soir à Rognes. Nous sommes sortis sous le choc, émus par votre texte et émerveillés par les 4
comédiennes. Et aussi heureux de l'espoir par lequel se termine le spectacle après les récits si durs mais malheureusement si vrais de la misère dans le monde, et entre autre de celle des
enfants.
Comment faire par ailleurs pour s'abonner à votre "Niouze-letter" ? j'ai essayé mais en vain.
Cordialement.
Christine Guyon (de Rognes)


Marianne Roger 27/11/2010 19:32


Nous venons d'assister, moi et ma fille, à votre spectacle à Montpellier. En sortant, nous avions une chanson sur les lèvres, des images et des histoires dans la tête. Merci de dénoncer châtiments
corporels et punitions au même titre que la maltraitance. Des histoires d'enfants à travers le monde, des chansons magnifiques, pas de lamento ni de misérabilisme mais des voix, des histoires, de
la tendresse et de l'imagination.
Est-ce possible d'avoir les paroles de la chanson de Liang Li ? Nous nous souvenons juste de "Liang Li, 10 ans et demi, travaille en chine, dans une usine" avec sa musique, et bravo pour ces 2 voix
qui se parlent dans la chanson, s'éloignent et se réjoignent.
Merci pour ce spectacle et je lui souhaite une longue vie.